Artistes / Artists
Daunik Lazro, Jean-Jacques Avenel, Siegfried Kessler
Label(s)
FOU RECORDS
"Santé !
1982. Deux ans avant 1984. Aujourd'hui, nous y sommes… Largement !
Nous y sommes depuis la fin des années Quarante, lorsque fut écrit le roman d'Orwell ; nous y sommes depuis 1920 lorsque Zamiatine écrivit Nous autres, le roman qui inspira Orwell. Nous y sommes depuis le dix-septième siècle, Hobbes écrivait alors le Léviathan. La Boétie avait pourtant prévenu cent ans plus tôt par son Discours sur la servitude volontaire ; nous y sommes depuis toujours. Depuis toujours aussi, il y eut des insoumis.
En 1982, le goût du jour se partageait entre le renvoi de la contestation politique aux vieilles lunes du militantisme soixante-huitard — ne parlons pas de celui d'avant ! — et le no-future de la punk attitude. C'était le début d'une ère cynique dont il semble que l'on mesure maintenant les dégâts, éthiques, politiques, économiques, écologiques. Hic !
En 1982, la musique « dominante » suivait cette pente savonnée. Dans les officines, on repeignait le jazz aux goûts et aux couleurs de l'époque : Acid-Jazz, Nu-Jazz, Smooth Jazz... En face, on proclamait des ukases réactionnaires résumées en une équation sans inconnue : « Jazz = blues + swing ». Entre les deux, le jazz persévérait comme il pouvait dans son être. Son être problématique. Ecstatic jazz nous le rappelle opportunément : existait aussi un ailleurs qui n'était pas un entre-deux. Un ailleurs : un non-lieu qui pouvait se trouver partout, et, c'en est le corollaire, entrer dans une temporalité soustraite à l'ordre du jour. A Béziers, ce soir-là, Avenel, Kessler et Lazro épissaient hier à demain en une chaîne ourdie pour tisser la tunique de Nessus à jeter sur les épaules de cette année 82 et leurs semblables : cette musique où des lambeaux vivants de vieux standards se tordent dans un brasier psychédélique. Ces heures enflammées nous reviennent quarante années plus tard comme un élixir de joie — un joyeux cocktail molotov."
Philippe Alen